Le procès de Madame Pluie (texte philosophicomique)

Une fois n’est pas coutume. Je te transmets ici un texte rigolo ET qui fait réfléchir, que j’ai écrit tout récemment.
Un texte qui fini bien (?) et parle de nous, en tant que société. En tant qu’être humains.

Et cette fois, je ferai encore plus clairement le lien entre nous et notre planète. Pas de bonheur possible sur Terre, sans elle… prenons soin d’elle.

Ralentissons notre mode de vie. C’est bon pour nous ET pour elle.

Alors, voici :

2035, un amour de procès (Thuin, 4 mars 2020)

« Mesdames et Messieurs les Jurés, Messieurs les Juges, Chers Maîtres, je suis ici pour prestement prendre la défense de madame Pluie ici présente, en ce 23  janvier 2035.

Elle-même présente céans, à contrecœur. En effet,  dans cette ambiance de glace, elle préférerait subrepticement s’effacer dans un brouillard protecteur.

Voici donc derechef ma plaidoirie. La société « Caca m’Collaud », que je nommerai conséquemment « Caca », par facilité, célèbre fabricant USAien, de boissons sucrées et éminemment pétillantes, a décidé de porter pour ainsi dire plainte, contre ma cliente, en ce TPCIP (Tribunal Pénalo-Commercial International Privé), sur base des traités commerciaux signés par la passé, notamment les TTIP et CETA,  entre les USA et le Monde entier.

Cette plainte  a donc été déposée car, je cite derechef,  « Madame Pluie fait rien qu’à nous ennuyer ».

En gros, les bénéfices de cette multinationale Américaïenne, auraient chuté de 25%. Cela ne laisserait plus qu’un dividende de 13,5% à leurs pauvres actionnaires. Ce qui, je l’admets derechef, étant actionnaire moi-même d’autres entreprises, est quasiment intolérable.

Quels sont les reproches ainsi faits ?

Tout d’abord, « Caca m’Collaud » prétend que Madame Pluie aurait sciemment créé la sécheresse structurelle sur le Continent du sud de notre chère planète, anciennement appelé Afrique, mais renommé il y a 2 ans « Aboullefricalamérique ». Cette sécheresse aurait ainsi crée insidieusement une impossibilité de plus en plus empidémique (cherche pas au dico ça existe pas encore), de fabriquer leurs chères boissons si… chères, il faut le dire, subséquemment. Cela aurait, selon « Caca », créé un manque à gagner annuel estimé à minimum 2,7 milliards de dollaryens. Cela sans compter, parait-il, que « Caca » avait investi sur cet espace gigantesquement grand,  plus de 200 milliards de dollaryens, possiblement momentanément définitivement perdus, si Madame Pluie devait obstinément continuer, selon leur propres termes derechef, à faire défaut. Pourtant, à coups de milliards publicitaires, la firme « Caca » avait réussi, en quelques années, le coup de maître élégamment génial de rendre dépendant au sucre, une population pourtant d’une pauvreté profondément crasse. Tout ces merveilleux efforts seraient ainsi partis à vau l’eau !

Secundo et a contrario, la multinationale reproche derechef à Madame Pluie, qui se liquéfie ici à mes cotés, un excès flagrant d’activité saisonnière, sur les Continents du Nord, dont celui tout récemment acheté par les USA, appelé « Europamérique » et les USA eux-mêmes. Que d’eau, que d’eau à la saison des pluies ! Conséquemment de novembre à mars, les gens ne sortent derechef plus. Annulés les festivals, les barbecues et les après-midi piscine. Les ventes ont chuté drastiquement. Les bénéfices, évaporés ! Ces excès aqueux les mettraient en perte sèche… « Allo, quoi ! »

De plus, goutte d’eau qui met le feu au vase, les eaux de Madame Pluie, charriant les terres hyper pesticidées de surface, contaminent de plus en plus fortement les nappes phréatiques de ce vieil in-Continent, si vous me permettez ce jeu de mot. Leurs boissons pétillent donc aujourd’hui le glyphosate aromatisé. Ce qui n’a pourtant pas l’art d’arrêter de mettre l’eau à la bouche de nos chers citoyens cons… excusez-moi… de nos chers con-sot-mateurs. La perte annuelle est donc estimée, rien que pour l’Europamérique à 36 milliards de Dollaryens, sans compter les investissements de base.

Mesdames et Messieurs les Jurés, Messieurs les Juges, mes biens chers frères et assesseurs, Madame Pluie est innocemment… innocente. Je dirais même plus !!!! Madame Pluie est la victime première ! Cela coule de source, devrais-je ajouter.

Pour vous en convaincre, voici une lettre écrite par Madame Pluie, il y a 15 ans. Je vais vous la lire de ce pas.

Une texte philosophicomique sur le respect de nous-mêmes, de ,notre Terre...

« Co2, mon Amour,

Nous avons vécu depuis des milliers de millénaires une presque parfaite histoire d’amour. Parfois, tu m’as fait avoir de belles vapeurs par tes excès, somme toute biens naturels. Ton caractère éruptif m’a parfois débordé. Mais ton feu ardent m’a, je dois l’admettre,  finalement toujours fait chavirer et souvent réveillé mes humidités profondes. Nous avons vécu une passion douce et chaotique… mais finalement équilibrée.

Puis, petit à petit, je l’avoue, je me suis refroidie. Tes chaleurs magmaïennes m’ont lassée quelque peu. Trop souvent, trop fort. J’ai commencé à simuler. Ca t’a refroidi. Le croute entre nous s‘est épaissie. Tu t’es de plus en plus souvent enfoui sous terre. Nous nous sommes éloignés, tout en continuant à nous voir de temps en temps.

Puis, tu as rencontré cet Homo Sapiens-sapiens…  Ca m’a chatouillé, mais je ne me suis pas trop inquiétée. Votre passion était, me semblait-il, amicale. Au début, il te tripotait uniquement sous ta forme solide et ça m’a laissée de bois. Ca a duré longtemps comme ça. Et sans m’en rendre compte, un jour, ils ont commencé à trifouiller d’autres aspects de ton existence. Ils se sont cachés pour extraire ta substance profonde et te faire passer de charbon à gaz à toux. Quand je l’ai découvert, je ne suis pas passée loin de la colère anthracite. Mais j’ai laissé faire, pensant que ce serait juste une passade. Pourtant, déjà, entre nous, il y avait de l’eau dans le gaz.

Notre si bel équilibre a été rompu peu de temps après. Tu t’es laissé consumer à outrance, jouissant sans fin de ce passage de liquide visqueux à l’exultation gazeuse. Brûlé à grande vitesse, toi et tes enfants non renouvelables, ont desséché l’essence même de notre amour. La race « humaine » est devenue ta Maîtresse. Tu as fait fondre les glaces, pourtant solides, de mon amour.

Co2, mon Amour,

Même si parfois tu ne manques pas d’air, reviens à moi. Calme tes ardeurs. Reviens à moi, je t’en conjure. Je t’aime, mais je n’en peux plus. Tes excès me font déborder de rage. Pourtant, je sais que, si tu me reviens, notre amour peut tout réparer.

Si tu te débarrasses d’eux, ou si tu t’en éloignes, je serai à toi jusqu‘à la fin des temps. Rappelle-toi tous les merveilleux moments que nous avons vécus. C’est ça le bonheur. Pas les plaisirs fugaces qu’ils t’apportent.

Allez mon Amour, reviens-moi. Et je te promets que tu pourras plus souvent faire jaillir ta puissance volca-nique. Je ne me plaindrai plus de mal à la Terre. Promis !

Si tu le veux, je ferai couler mes fontaines pour toi. J’ouvrirai pour toi, mon milieu aqueux.
Mais reviens, car je t’aime,

Ton ondée matinale de toujours. »

Alors, Mesdames et Messieurs, qui allez prendre le destin de Madame Pluie dans vos mains, je vous demande, en toute humidité, de libérer celle-ci du poids de ces accusations éhonteusement diffamatoires. Laissez-vous toucher par cette supplique qui vous prouve que ma cliente est non seulement  innocente, mais comme je vous l’ai démontré, effectivement, de fait, affreusement victime de la race dite humaine et conséquemment de l’activité exponentielle de Monsieur Co2, avec celle-ci.

Derechef ! »

L’avocat de « Caca m’Collaud » plaida à son tour. Il fit appeler Monsieur Co2 à la barre. Celui-ci, contraint par sa dépendance à l’Homme, nia toute relation amoureuse avec Madame Pluie qui tomba, à cette assertion, dans les vapes.

Le jugement tomba rapidement, grâce à l’efficacité prouvée des organismes privatisés (peut-être aussi grâce aux enjeux en cours) le 25 janvier de cette année 2035 et fit la une des journaux sponsorisés :

« Madame Pluie est condamné à remboursè intégrallemment la some de 738.259.213.689 dollaryens et 27 cents, à la multienational « Caca m’Collaud ». Toutefoi, Madame Pluie, étang bien incapable de versé cette somme en likide, est condamné aux travaux forcé pour « Caca m’Collaud », à perpétuité. Condamnation qui semble juste, face aux préjudice subite par la sociétée bienfaitrice de l’humanitê »

D’autres journaux, non financés par la publicité, avaient une version moins positive, de la chose…

« …/… condamnation honteuse, tant on sait de sources confirmées, que le TPCIP (Tribunal Pénalo-Commercial International Privé), est imprégné de liens directs avec le monde de l’entreprise, dont il est en partie issu.

Ainsi, sur les 15 jurés, 5 viennent du monde politique (un par Continent), dont on sait les connexions franches avec les multinationales. 2 viennent du monde civil et les 8 autres sont délégué par les plus grandes firmes pour représenter les différents secteurs d’activité : l’industrie manufacturière, l’agro-industrie, les GAFAM (technologies de l’informatique et du web), les industries privatisées de l’enseignement, de la presse, l’énergie, l’immobilier et l’industrie GRH (aussi nommée « industrie de l’esclavage légalisé »).

On y ajoute l’industrie de la finance qui chapeaute le tout avec un vote décisif de 4 voix.

Pas de jurés de l’ « industrie privatisée de la Justice et de la Police », celle-ci étant présente grâce aux 3 Juges du Tribunal, eux-mêmes financés, comme l’institution du TPCIP, à 80% par le CIRTA, « Consortium International Représentatif des Trusts Américains ». Les 20% restant venant de l’argent public. »

Madame pluie, acide suite à cette décision qui lui semblait bien salée, décida d’appliquer à la lettre la condamnation quant aux quantités d’eau exigées par le Tribunal pour « Caca ».

Toutefois, avec le temps, Madame Pluie devint de plus en plus saumâtre. Sa vie amoureuse devenue désertique, son eau ressemblait de plus en plus à des seaux de larmes versés sur les terres.

L’eau potable vint à manquer. Les cultures périclitèrent. Les Consortiums décidèrent de lâcher du lest dans la condamnation. Rien n’y fit. Madame pluie trop amère, transforma sa rancœur en océans de douleur saline.

Monsieur Co2, se rongeait de culpabilité de l’intérieur… Il décida de se raréfier, brisa ses chaînes et plaqua l’Humanité. Petit à petit il tenta de se rapprocher de Madame Pluie.

Le dernier Homo Sapiens-sapiens disparut le 31 février 2063, dans l’indifférence la plus générale. Ou presque. Monsieur Univers, d’habitude très attentif à son régime et son apparence, reprit 2 fois du clafoutis thon-myrtilles, ce jour-là. Mère Terre s’en tamponna les miches de soulagement. Ce qui fit éternuer les volcans de Monsieur Co2 !! Les animaux organisèrent une partouze géante pour fêter ça. Cela créa de nouvelles espèces !

Seules quelques espèces humanoïdes survécurent en s’adaptant à une vie respectueuse de Dame Nature, qui ne s’en laisserait plus compter par leurs envies de « conquerrances » indomptables de cupidités avides ! Elle les rappellerait à l’ordre bien plus tôt, cette fois, s’ils devaient à nouveau déconner.

Monsieur Co2 mit un sale temps pour re-conquérir Madame Pluie. Presque 2 millénaires. Mais tous 2 finirent par refiler le parfait amour. C’était dans l’air du temps… Une brise rafraichissante accompagnée d’une ondée matinale parcourut Mère Terre. Un nouveau cycle avait commencé…

Moralité : Faut pas prendre Madame Pluie de trop « eau », car ça mouille mauvais après !

Ce texte nous rappelle aussi de ne pas tomber dans les excès, les addictions… De toujours s’écouter et se respecter…

Il rappelle aussi que nous pouvons reconnaître nos erreurs et changer…. « Monsieur Co2 » l’a fait. Pourquoi pas nous?

Merci de m’avoir lu 🙂

Daniel VERPLAETSE

Photo by Bibhukalyan Acharya

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